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Entretien avec l’ADG du CEEC - Victor Kasongo Shomary


Victor Kasongo Shomary
Administrateur Délégué Général

“Il est important que des compagnies internationales viennent au Congo pour faire l‘exploration”

Bilans et Perspectives : Monsieur l’Administrateur Délégué Général, pouvez-vous nous parler de votre entreprise ?

Victor Kasongo Shomary : Notre entreprise fait partie du groupe du portefeuille de l’Etat. Dans ce cadre, elle génère des recettes sous forme de dividendes, des impôts sur le bénéfice. Elle génère aussi des recettes par les expertises des colis des matières précieuses. Des taxes sont en outre prélevées pour le compte de l’Office des Douanes et Accises (Ofida) et celles dues aux autres entités de l’Etat, notamment l’Office Congolais de Contrôle (OCC).

Bilans et Perspectives : Quelle est votre mission principale?

Victor Kasongo Shomary : La vocation du CEEC est de faire l’expertise. C’est donner en âme et conscience une valeur monétaire à un bien qui présente une complexité technique, le diamant.
C’est la pierre la plus précieuse qui se présente dans ses complexités à l’oeil humain. Il faut un temps relativement long, autour de 5 à 7 ans pour en être expert et faire le moins d’erreur possible
dans son évaluation, c’est-à-dire lui donner une valeur en dollars. Le diamant est une concentration de richesses. C’est pour cela qu’il produit autant de bien aux hommes et malheureusement mal utilisé par les hommes pour des fins comme la guerre.

Bilans et Perspectives : On dit également que vous êtes engagé dans la lutte contre la fraude ?

Victor Kasongo Shomary: Le CEEC n’a pas que de l’expertise puisqu’elle a effectivement des actions connexes comme la lutte contre la fraude. C’est notamment des manoeuvres tendant à minorer la valeur du diamant. Ça c’est une forme ingénieuse de fraude que nous combattons. La fraude c’est aussi changer la destination du diamant pour éviter que l’on y prélève des taxes. Nous luttons contre cela parce que nous avons dans notre objet social aussi la supervision des comptoirs et des négociants que nous devons encadrer. Tous les jours dans les centres de négoce importants (Mbuji Mayi, Tshikapa, Kahemba, Tembo, Kisangani, Kinshasa, dans une moindre mesure Lubumbashi), nos agents sont là pour assurer que le diamant détenu par les négociants arrivent dans les comptoirs et que les prix issus des transactions entre vendeurs et acheteurs reflètent la réalité bien que nous n’intervenons pas dans leurs négociations. Dès qu’il est entré dans le circuit officiel, on doit s’assurer que ce diamant ne provient pas de meurtre de gens, de conflits armés.

Bilans et Perspectives : Qu’en est-il du volet certification ?

Victor Kasongo Shomary : L’Etat nous a confié la mise en application et le suivi du processus de Kimberley. Celui-ci est un processus international auquel nous avons adhéré dès le début.Son but
est de s’assurer que le canal par où passe le diamant officiel au Congo ne soit pas contaminé par le diamant de conflits ou le diamant de sang. Grâce à nos antennes disséminées partout dans le pays et grâce à la collaboration entre chefs d’antenne et les gouverneurs de province, les informations sur les zones de troubles où est produit le diamant nous parviennent rapidement afin de nous assurer que le diamant y produit ne soit pas exporté avec le certificat de la RDC.

Bilans et Perspectives : Avezvous un volet achat et vente ?

Victor Kasongo Shomary : Nous avons aussi dans l’objet du CEEC, la possibilité d’acheter et de vendre pour assurer les prix valeur. La valeur d’une pierre précieuse est en effet l’objet de beaucoup d ’ i n c o m p r é h e n s i o n . Généralement, les commerçants veulent que la valeur que nous trouvons soit moindre afin de payer des taxes moins importantes. Par contre, nous avons l’obligation de par notre objet social, de nous assurer que le diamant ait une valeur internationale. Si nous mettons une valeur trop élevée, nous tuons la poule aux oeufs d’or. Cela ne nous arrange pas. Vous voyez donc que les intérêts des uns et des autres ne sont pas toujours les mêmes et cela peut provoquer des disputes. C’est ainsi que nous devons nous assurer que les prix valeur que nous donnons soient des prix ou l’Etat s’en sort honorablement. Sinon nous pouvons proposer d’acheter la pierre à ce prix là. C’est donc une possibilité qui nous est offerte et nous aurions bien voulu l’exercer, mais nos limites financières ne nous le permettent pas. Un jour ou l’autre nous commencerons à acheter et vendre, pas pour concurrencer les comptoirs, mais pour assurer les prix valeur présentés par les comptoirs et par nous.

Bilans et Perspectives : Pour faire tout cela, il faut avoir des experts. En avez-vous ?

Victor Kasongo Shomary : Nous avons également dans notre objet formation des experts congolais. Former un expert en diamant prend beaucoup de temps. Nous avons des contrats de consultance extérieure, notamment un joint-venture avec une équipe congolobritannique qui travaille avec nous pour nous aider dans l ‘expertise et la formation de nos évaluateurs. Nous sommes globalement satisfaits du partenariat que nous avons avec la Société Internationale du Diamant Congolais (SIDC-WWW). Le CEEC compte actuellement 150 agents. Cet effectif devrait atteindre 200 avec le déploiement des agents du CEEC dans les provinces de l’Est du pays anciennement sous contrôle des rébellions. Le retard dans la réunification économique du pays a une certaine incidence sur la croissance de l’entreprise, car les taxes devant provenir des autres substances minérales comme l’or, le coltan, la cassitérite, le pyrogénite ne sont pas collectées. Pour ces matières précieuses et semi-précieuses, l’Etat ne se retrouve pas encore pleinement à travers le CEEC.

Bilans et Perspectives : Pouvezvous nous donner des chiffres sur les exportations du pays ?

Victor Kasongo Shomary : En 2001, quand nous avons pris le contrôle de l ‘expertise du diamant, le RDC exportait 270 million de dollars américains pour 18 millions de carats. En 2002, nous avons atteint le chiffre de 396 millions de dollars pour 18 millions de carats. Il y a donc eu une croissance en valeur. En 2003, nous sommes passés à 643 millions de dollars pour 27 millions de carats. Cette année, nous aurons sans doute la même production, mais avec des valeurs plus élevées pouvant atteindre 800 millions de dollars.

Bilans et Perspectives : Qu’est-ce qui, selon vous, influence positivement cette croissance ?

Victor Kasongo Shomary : Cette augmentation est tributaire à beaucoup de facteurs. Il y a d’abord le fait que le comité de gestion du CEEC se bat pour améliorer l’image de marque du diamant congolais à l’extérieur et promouvoir l’industrie du diamant vis-à-vis des bailleurs de fonds et investisseurs. La paix au Congo joue aussi beaucoup dans l’accroissement des exportations. Nous ne pouvons passer sous silence que la libéralisation du secteur diamantaire a eu un impact positif sur les exportations. Nous disons merci au gouvernement et particulièrement au Chef de l’Etat, Le Général Major Joseph Kabila, qui a libéralisé le marché du diamant. Le processus de Kimberley auquel nous avons adhéré dès le début il y a deux ans et le CEEC l’a négocié au nom du gouvernement sous l’impulsion du Président Joseph Kabila est aussi un des facteurs qui accroît nos chiffres d’exportations. L’autre facteur qui a beaucoup joué, c’est une meilleure gestion du pipeline donc depuis le puis jusqu’à l’exportation dans lequel d’autres organismes de l’Etat jouent aussi un rôle important, notamment le Saescam que encadre les creuseurs à Mbuji Mayi et à Tshikapa. La présence de partenaires internationaux comme SIDC WWW a mis du professionnalisme dans l’évolution. Combinés à la réorganisation du travail opérée par le comité de gestion, tous ces faits ont eu un impact positif sur la tenue des exportations. Nous sommes aussi heureux que le processus de Kimberley prennent des décisions importantes pour assurer que la région de l’Afrique centrale se stabilise et que les membres du processus appliquent pleinement les directives du processus. Nous sommes contents de la fermeté de la mise en application de ce processus. Le gouvernement reste l’organe directeur. Les ministères des mines et du portefeuille assurent leur tutelle sur nous. Nous souhaitons qu’ils continuent à nous appuyer dans ce que nous faisons au nom du gouvernement. Je profite de l’occasion pour rendre hommage à l’équipe qui nous a épaulés de 2001 à 2003, notamment M. Gaston Dianiongi (Directeur Technique), M. Basele (Directeur Administratif et Financier) et M. Gaby Matshafu Bin Swedi (Directeur des Ressources Humaines). Je leurs rends hommage pour le parcours de 2001 à 2003 dans des conditions extrêmement difficiles au lancement de l’entreprise qui n’existait plus suite au monopole accordée dans l’achat et la vente de diamant à une firme étrangère.

Bilans et Perspectives : Avezvous un message particulier pour les investiseurs ?

Victor Kasongo Shomary : La RDC a du diamant un peu partout, sauf dans les provinces du Nord Kivu et Sud Kivu. Le Congo est le pays au monde qui a le plus d’artisants (creuseurs). Or, exploiter le diamant alluvionnaire est un exercice difficile et périlleux. Il est difficile aussi, pour le collecteur des taxes que je suis, parce que les gens et les zones d’exploitation sont éparpillées. Tandis que la source d’où vient le diamant avant qu’il n’atterrisse dans les rivières, sort des cheminées terrestres qu’on appelle la kimberlite. En ayant le diamant alluvionnaire un peu partout (Kisangani, Bafwasende, Buta, Banalia, Kotakoli, Luozi, Kundelungu, Bandundu…) cela veut dire que des kimberlites s’y trouvent aussi, mais qu’on n’a pas encore découvertes. Il est important que des compagnies internationales viennent au Congo pour en faire l’exploration. Il est en effet plus facile de contrôler la production d’une compagnie que celle des creuseurs. Vous savez que les taxes pour les exploitants artisanaux tournent autour de 3% alors qu’elles vont à 10% pour les compagnies minières. L’Etat sera alors 10 fois plus riche. Bien plus, avec les compagnies, on donne de l’emploi aux gens. Si les parents ont un emploi rémunéré, les enfants ne seront plus illettrés. Il iront à l’école au lieu d’aller chercher le diamant, le coltan ou l’or dans les mines. Cela va complètement changer la société congolaise. L’investissement extérieur est donc très important dans la mesure où les méthodes d’exploitation doivent être modernisées. Il faut que ces compagnies viennent exploiter les kimberlites que nous avons.

Bilans et Perspectives : N’envisagez-vous pas de donner plus de valeur à notre diamant ?

Victor Kasongo Shomary : Nous voudrions que les gens se lancent dans la taille du diamant. Aujourd’hui en Angola, en Namibie, au Botswana, il y a des tailleries de diamant. Le Congo ne doit pas continuer à n’exporter que du diamant brut. Il faut donner de la valeur ajoutée à nos produits. A Mbuji Mayi et Tshikapa, il y a plein de jeunes. Ils fraudent peut-être, mais si vous leur dites que le diamant a une valeur de 1 à 7 quand il passe de poli à taillé, donc un diamant de 1.000 USD quant il est taillé vaut 7.000 USD, ils vont tous passer à la taillerie. Et la taillerie ne se fait pas en brousse. Cela se fait dans une maison et ont sait contrôler ce qui entre et qui sort. Nous devons donc ouvrir des tailleries, des ateliers de polissage. Quand vous achetez un bijou en Italie, il y a là du diamant, de l’or, du saphir. Toutes ces matières se trouvent dans notre pays.

Bilans et Perspectives : Comment y parvenir ?

Victor Kasongo Shomary : Il faut former les gens. Nous avons une histoire, une culture dans lesquelles les artisants bijoutiers peuvent tirer des motifs pour les bijoux à réaliser. On peut ainsi tailler un bijou avec un motif kuba sur un diamant et de l’or congolais. Avec un bon marketing, on passera de 600 million USD d’exportation à 1 milliard USD au moins par an. Nous devons voir loin. Vous savez que tout le diamant brut du monde est estimé à 9 milliard de dollars. Quand ils sont travaillés et placés dans les vitrines comme bijoux, leurs estimations est de l’ordre de 60 milliards de dollars. Les Africains sont confinés à se contenter des 9 milliards. Aussi pour l’avenir faudra-t-il avoir une réflexion afin que la transformation des pierres précieuses atteignent notre continent et nous permette enfin de bénéficier de cette valeur ajoutée.

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